Interview de Stephane Gallard
 
 Paris. 9 Juillet 2026. Vague Caniculaire n°3. Sortie du studio Superprod.
Trois fans, Immudelki (gourou de Code Lyoko à travers son fangame : l'IFSCL), Mako (qui nous a trouvé le contact de Stéphane) et IcePlayer (créateur d'IFSCL.org), prêts à en découdre avec l'un des aspects marquants de la série Code Lyoko : ses somptueux décors.
L'excitation est palpable...

Il faut dire que cette année a été plutôt chargée. Des projets de fans qui se multiplient d'une part.
Et d'autre part, le climax des rencontres entre fans et le duo Sophie Decroisette / Jérôme Mouscadet depuis les 3 dernières années avec l'apothéose, aussi nommée:
« l'interview d'Orléans »...
Mais si les deux têtes d'affiche susmentionnées dominent l'actualité, la possibilité d'aller interviewer d'autres figures importantes de la série est une opportunité qui ne se refusait pas.
Enter: Stéphane Gallard.
 
 

Rencontre avec Stéphane Gallard, chef déco Noir & Blanc sur Code Lyoko - Saison 1
 
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Installés dans une brasserie du 11e arrondissement, soucieux d'optimiser le temps qui nous est accordé, nous nous préparons à poser nos meilleures questions. Mais pas d'inquiétude, Stéphane est volubile: il se présente plus en détails, au travers de sa longue carrière et d'un ensemble d'anecdotes et de précisions toutes plus savoureuses les unes que les autres sur le projet.
Et autant le dire tout de suite, il sait y faire.

Aux origines : tout est « Garage Kids »

Il faut d'abord revenir à l'origine. On parle souvent du court-métrage Les Enfants Font Leur Cinéma (Annecy 2000), en le distinguant de Garage Kids, puis de Code Lyoko. Correction générale : tout est Garage Kids !
Les Enfants Font Leur Cinéma s'appelait déjà Garage Kids, et le nom de production de Code Lyoko est d'ailleurs resté « Garage Kids » sur les documents conceptuels de tous les décors très longtemps, de quoi en dérouter plus d'un !

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Stéphane nous explique qu'aux Gobelins, les premières années aidaient les secondes années dans leurs projets. Il y côtoie notamment Julien Gorgel et Tania Palumbo, entre autres, et devient ami avec cette dernière. Il travaille ensuite sur le pilote Molly Star Racer, puis sur La Prophétie des grenouilles.

Diplômé en 2001 des Gobelins, il se démarque par son appétence pour les univers graphiques de Koji Morimoto, Ghost in the Shell, Akira, Robot Carnival, Memories ou encore Amer Béton, à mille lieues de l'ambiance très médiévale fantastique des autres élèves sortant de l'école, un point qui lui a clairement permis de se démarquer parmi ses camarades.

En 2002, il est appelé par Tania pour officier en tant que chef déco sur le fameux Garage Kids; en effet, Tania voulait aller plus loin dans la direction Ghost in the Shell / Akira.

Nous profitons d'ailleurs de l'interview pour débunquer une croyance fermement établie: il nous explique que Thomas Romain n'a en réalité jamais travaillé sur la série, pas même au tout début de la première saison : il s'est très vite plongé dans son travail au Japon sur la série Oban Star Racer.

La méthode de travail

Des briefs de 3 à 4 jours servaient à discuter des décors : Tania donnait les indications artistiques, Jérôme Mouscadet celles de la mise en scène. Ensuite, une demi-journée était consacrée à la production du croquis de base de chacun d'entre eux.

Stéphane apporte une précision importante : sur Code Lyoko, il était chef décorateur “noir et blanc”, une distinction non négligeable car le rôle de chef décorateur couleur est différent et était alors occupé par Jérémie Perrin.

Les dessins finaux étaient réalisés dans un format très réduit, A4 voire A5, au grand dam de collègues d'autres productions peu habitués à de tels formats ! Mais le niveau de détail, lui, reste toujours aussi impressionnant :

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Son travail sur papier était ensuite scanné par d'autres collègues, comme c'était l'usage à l'époque. Jérémie Perrin, que l'on connaît bien, tant ses travaux ont été les plus visibles jusqu'à l'existence de ce dossier, s'occupait lui de la mise en couleur des décors, de manière numérique.

Quant à l'ordre de production, il est intéressant de noter qu'au départ, le travail de documentation ne portait pas forcément sur Kadic ou sur l'Usine : la production a donc pris des dispositions pour aller prendre des références directement à l'usine Renault de Boulogne Billancourt que l'on connaît bien, ainsi que le Lycée Lakanal.

Les apports personnels

Loin de se cantonner à recevoir des indications, Stéphane apportait aussi ses propres idées. Par exemple, l'idée de se référer à un superordinateur Cray pour le design du superordinateur venait de lui, tout comme l'ouverture ultra-classe de la porte du laboratoire, inspirée des Mystérieuses Cités d'Or et d'Akira.
Les scanners et les motifs des sols sont quant à eux inspirés du travail de Roger Leloup, qui se retrouve beaucoup dans sa série de BD phare: Yoko Tsuno.

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L'alimentation du superordinateur, les turbines et la salle des machines s'inspirent quant à elles du travail sur Jin-Roh. Il conceptualise également l'animation d'ouverture que celui-ci devait avoir. Fait intéressant : certaines parties des concepts n'ont finalement jamais été utilisées dans la série (par manque de temps ou par économie), comme le fait que le superordinateur s'ouvrait en son centre.

Stéphane se décrit lui-même comme un acharné du détail, et l'on retrouve ce côté quasi névrosé dans les nombreux décors de destruction de la saison 1 (Teddygozilla, D'Un Cheveu...). Un niveau de précision que l'on retrouve normalement plus dans des décors de films que de séries.

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Bien loin de la France, un studio en Inde s'occupait des autres décors de production (comprenez : la plupart des autres angles de caméra). Une telle collaboration demande de la ressource ! Il nous glissera à ce sujet que ces mêmes studios de sous-traitance n'hésitaient pas, eux non plus, à sous-traiter leur travail à leur tour à d'autres studios, ou à des freelances.

Il parle aussi de ses collègues. L'univers 3D a été développé par nul autre que Éric Guillon, un homme qu'il qualifie d'humble et d'adorable, et dont le CV, pour tout connaisseur du milieu, est particulièrement impressionnant. Il cite également Régis Maillet, qui s'occupait lui aussi des décors, qu'il décrit comme un artiste incroyablement talentueux et méticuleux, passionné et rigoureux : un véritable exemple.

Les deux hommes, plus expérimentés, l'ont en quelque sorte encadré, alors même que c'est Stéphane qui occupait le poste hiérarchiquement le plus élevé, une situation surprenante mais qui n'a jamais entaché leur collaboration. C'est d'ailleurs Régis qui reprend la gestion des décors à partir de la saison 2, après le départ de Stéphane.

Ultra-productif, Régis travaille d'ailleurs de nouveau avec Stéphane sur Spirit Rangers, Batman et d'autres productions.

Après Code Lyoko

Après la saison 1, Stéphane passe sur la saison 2 de Funky Cops, toujours chez Antefilms, une production qu'il qualifie de « très agréable ».

S'ensuit du travail sur la série Iron Man chez Method Films (une série jugée trop adulte, que France Télévisions ne savait pas vendre). Puis chef décorateur sur Mikido avec Thomas Astruc, avant de rejoindre Zac Toon, où il officie sur plusieurs projets, dont le film Dofus, Livre 1 : Judith.

Souhaitant voguer vers de nouveaux horizons, il travaille ensuite sur la série Arthur et les Minimoys ; revers de fortune, la série sera intégralement rebootée quelques années plus tard.

Il est ensuite arrivé au tout début du studio SuperProd pour du développement artistique, où il travaille encore depuis maintenant quinze ans. In-fine, ce que Stéphane met en avant, c'est qu'au-delà des projets eux-mêmes, c'est le plaisir de la collaboration au jour le jour qui le motive.

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Pour finir...

Après une énième anecdote où il nous a confirmé que Kiwi est directement inspiré de L'Étrange Noël de Monsieur Jack et de Baxter, nous entamons la dernière question de la plus haute importance...

« Mais où donc est la souris du supercalculateur ? »

Face à cette question, le grand chef déco esquive avec malice :

« Jérémie dirige le curseur de la souris avec les flèches directionnelles du clavier, bien entendu ! »

Abasourdis face à une telle capacité à répondre aux questions pièges, nous terminons d'un trait nos verres !

Une fois l'apéritif terminé, Stéphane nous laisse sur un petit teasing : « Je m'amuse parfois à refaire les décors de la série, histoire de voir ce que ça donnerait avec mes vingt années d'expérience accumulées depuis la production. »

Vous voyez ? Quand on vous dit qu'il sait y faire...

Merci encore à Stéphane de nous avoir accordé de son temps. Et merci d'avoir partagé avec nous son portfolio de Code Lyoko. Au delà de la discussion, vous pouvez donc maintenant découvrir ces archives de production, une véritable mine d'or pour toute personne intéressée par la production de Code Lyoko et d'un métier qui méritait qu'on le mette en avant: “chef décorateur noir et blanc”!

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Propos recueillis par Immudelki, Mako et IcePlayer, pour CodeLyoko.fr