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La culture Japonaise dans Code Lyoko
 
 Code Lyokô est, on l'a vu dans de multiples autres dossiers, inspiré d'un savant micmac entre de précédents monstres de l'Univers de la science-fiction. Parsemée d'allusions artistiques ou historiques en tout genre, la série, bien que destinée à un jeune public, est néanmoins très riche et empreinte de culture.

Parmi toute la culture que cultivent la série et les scénaristes, une ressort plus particulièrement : La culture japonaise. Evidemment, les japonisants les plus novices ne penseront qu'à Yumi la japonaise, transformée en geisha dans le monde virtuel et son chevalier servant, le samouraï Stern...
Les plus nippophiles, eux, auront en revanche remarqué que le personnage de Yumi et l'univers qui gravite autour d'elle sont teintés d'allusion, d'objets et d'une ambiance extrême orientale qui se manifeste sous bien des aspects.

Mais comme Yumi en a assez d'être prise pour une chinoise, elle te propose un tour d'horizon pour découvrir à quel point la culture et l'esprit de ces ancêtres ont influencé Code Lyokô et se manifestent à travers la série. Ca t'intéresse ? Alors par ici !

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Tâchez d'avoir vu les épisodes suivants avant de lire le dossier :
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#00 - Le réveil de XANA
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#04 - Carnet de bord
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#10 - Créature de rêve
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#22 - Routine
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#42 - Désordre
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#78 - Expérience
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#82 - Mémoire blanche
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#92 - Sueurs froides

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Sommaire

[Yumi, une japonaise pure souche] [Les bushi virtuels] [Design et réalisation de Code Lyoko : Un métisse franco-japonais ?] [La famille Ishiyama : Une famille japonaise traditionnelle] [Chez les Ishiyama : Une vitrine de la culture japonaise en France] [Eléments en vrac] [Dernier point culture : La querelle de la nationalité !]
 
 

Yumi, une japonaise pure souche
 
Remarquons en premier lieu que le prénom « Yumi » signifie en Japonais « Arc ».
Il ne s'agit pas là du premier arc venu mais bien de l'arc traditionnel japonais que les nippons emploient pour pratiquer l'art ancestral du tir à l'arc guerrier : Le kyûdô

Yumi est très fière de ses origines.
On le remarque dans l'épisode 10 au cours duquel elle fait un exposé à ce sujet devant sa classe... avec les conséquences que l'on connaît.

Néanmoins, on constate qu'outre une certaine fierté à la portée de tout un chacun, Yumi a été éduquée et se comporte à la japonaise.
Elle pratique les arts martiaux, est très attachée aux symboles d'affection personnels (comme le fait de se souhaiter l'anniversaire (Episode 78 « Expériences »)), ainsi qu'aux traditions de son pays, comme le fait de ne pas ouvrir un présent en présence de la personne qui nous l'a offert.


L'origine japonaise de Yumi se traduit aussi dans son comportement.
Tout d'abord du point de vue affectif : Au grand dam d'Ulrich, Yumi est extrêmement réservée, ce qui ne facilite pas leur relation. C'est un trait de caractère Japonais que de se tenir dignement et d'éviter les débordements affectifs en public. Cela explique aussi sa tenue noire très sobre et sa fureur lorsqu'Odd l'a mise publiquement dans une situation embarrassante en public par trois fois :
La première quand il a posé dans les bras d'Ulrich pour les Echos de Kadic alors qu'il était coincé dans le corps de Yumi (Episode 42 « Désordre »)
La seconde dans le même épisode, même contexte, lorsqu'il est venu habillé à Kadic avec des vêtements de Yumi bien plus excentriques que ceux qu'elle portait habituellement.
La dernière dans l'épisode 92 « Sueurs froides » lorsqu'il fournit aux Echos de Kadic une photo de Yumi, enfant et vêtue d'une robe de princesse ridicule.

Enfin, deux postures qui peuvent paraître banales sont caractéristiques des origines de Yumi.
La première, très furtive, est la position qu'elle adopte à deux reprises dans l'épisode 22 « Routine lors de son engueulade avec Ulrich au sujet d'Emilie : Droite comme un piquet et les bras rivés le long du corps légèrement en arrière en bombant le torse.
Il s'agit de la position habituelle des jeunes japonaises pour manifester leur mécontentement de manière discrète et prudente. La posture montre la volonté de signifier l'affront qu'on a subi tout en montrant qu'on l'affronte.

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La seconde, plus évidente à l'œil averti d'un connaisseur du Japon : la manière dont elle rend à Ulrich son journal intime dans l'épisode 4 « Carnet de bord ».
Elle se tient droite et le tend devant elle à Ulrich, en le tenant à deux mains. Tandis que celui-ci le prend également à deux mains, ils le tiennent simultanément pendant quelques secondes, le temps de s'échanger quelques galanteries avant que Yumi ne le lâche.
Ce rituel est la manière au Japon d'offrir un cadeau (ou bien de donner sa carte de visite en se présentant). Ce petit échange plonge donc la scène dans une signification encore plus symbolique que ce n'était déjà le cas : Yumi ne rend pas seulement son journal à Ulrich. Elle lui fait un présent. Combiné à l'échange qu'ils ont à ce moment, c'est une forme de déclaration, comme si Yumi acceptait le contenu de ce journal.

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Les bushi virtuels
 
Yumi, Geisha de Lyoko ?

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L'idée selon laquelle Yumi serait une geisha a été largement popularisée. Cette idée est néanmoins un non-sens puisqu'en aucun cas une geisha ne devrait avoir à prendre part au combat.

Une geisha est en effet une femme d'art. Les Geishas étaient des dames de compagnies qui devaient accompagner les hommes nobles dans la pratique des différents arts japonais de la musique à la littérature en passant par le thé. Cette haute classe sociale a malheureusement bien souvent touché le fond en étant mêlée à des mouvements de prostitution de cours en tout genre. Eh oui, désolé de casser le mythe !

Yumi n'est donc pas une geisha dans les faits, même si son apparence est quasi identique évidemment à celle de ses dernières. Voici les principaux éléments :

Les traditionnels kimonos de soie que portaient ces dernières. Celui de Yumi est inspiré probablement de la poupée de geisha que Yumi garde dans sa turne. Il ne correspond néanmoins pas à une forme existante. Au niveau des couleurs, il est rouge et noir, or les couleurs vives (comme le rouge) sont réservées aux jeunes geishas, les couleurs discrètes (le noir) aux plus âgées. Le costume est donc hybride... De plus, le kimono de Yumi a été largement raccourci et allégé par rapport au modèle original afin de faciliter le combat pour la japonaise.

Son kimono est noué à l'aide d'une large obi, les ceintures traditionnelles et multiformes des kimonos japonais. Elles varient en fonction de leur taille et surtout de la façon de les nouer, extrêmement complexe et qui demande un apprentissage pratique. Yumi, elle, n'en a pas besoin vu qu'elle est virtualisée directement avec son obi noué. Son apparence se rapproche d'un nœud de type "bunko". L'obi de Yumi est assez banale dans le sens où contrairement à la plupart des obis, elle n'a qu'une couleur et aucun motif.
Dans la saison 4, le résidu de obi demeurant dans le dos de Yumi est plutôt noué en forme "otaiko".

Ses chaussures, elles, sont une forme particulière de chausse japonaise : des Okobo.
Le reste du bas du costume de Yumi ne correspond pas à l'habituel habillage des geishas.

Le visage de Yumi, maquillé de blanc et rougi au niveau des pommettes, contrairement à ce que l'on croit ne fait pas d'elle une geisha : Les geishas cessaient de se maquiller à mesure qu'elles progressaient dans leur art.
Le maquillage était en réalité plutôt réservé aux apprenties geisha : Les maiko.

En revanche, la coiffure de l'avatar virtuel de Yumi est bien le chignon traditionnel des geishas dans son plus simple apparat. Pour anecdote : Les geishas dormaient sur un repose-nuque pour ne pas aplatir ce chignon qui devait tenir au moins une semaine après sa réalisation.

Dernier point, l'éventail de combat de Yumi n'est inspiré de rien qui y ait trait. On remarquera néanmoins qu'un sport de combat asiatique utilise les éventails pour le combat au corps à corps... Un sport indonésien nommé le pencak-silat.


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Ulrich, le faux samurai ?

Au risque de me faire haïr, de la même manière que Yumi est une fausse geisha, Ulrich est un faux samurai. Le samurai traditionnel possède toujours deux sabres : Un court (Le wakizashi) et un long (le katana). Ulrich, lui, n'a qu'un ou deux katanas.

Les chaussettes d'Ulrich sont des tabis : Elles séparent les orteils. Ses chaussures s'inspirent largement des sandales traditionnelles japonaises, à mi-chemin entre les zôri et les waraji.

Son kimono, bien qu'associé à celui d'un samurai, est largement fantaisiste. Le symbole dans son dos a une origine difficile à déterminer.
Il est vraisemblablement inspiré des masques du nô, le théâtre « noble » du Japon. Dans les représentations de nô, certains acteurs portaient des masques. Il figurait sur ses masques des expressions déformées, moqueuses et très difficiles à maintenir. La face dans le dos d'Ulrich, toute blanche, dotée de cornes et moqueuse, s'approche énormément des masques qui étaient employés pour figurer les dieux (kami), les démons (oni), les esprits de la nature et autres immortels du folklore japonais qui descendaient sur Terre pour châtier ou tourmenter les mortels.

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La ressemblance est tellement frappante qu'on se demande si Tania Palumbo n'a pas créé le design à partir de ce masque de nô !

Les autres symboles sur Ulrich, notamment celui du torse et du kimono ressemblent fortement aux symboles des différents clans japonais portés par leurs membres sur eux.

Dernier point, remarquons que le pencak-silat n'est pas un art martial japonais mais indonésien.
 

Design et réalisation de Code Lyoko : Un métisse franco-japonais ?
 
Les origines de l'influence japonaise dans Code Lyoko remontent à loin. Dès Garage Kids, le projet à la base de Code Lyoko, le personnage de Yumi était d'ores et déjà japonais. Mme Decroisette, directrice d'écriture de la saison 1 à 3 de Code Lyoko nous a confirmé un élément fortement pressenti : Tania Palumbo et Thomas Romain, les deux anciens étudiants des Gobelins et créateurs de Garage Kids étaient bels et bien adeptes de la culture japonaise.

C'est donc d'eux que vient initialement l'ambiance japonaise.
Par la suite, Thomas Romain a, comme on le sait, quitter le projet pour se consacrer à un autre dessin animé : Oban Star Racer, qui comporte lui aussi de nombreuses références à l'univers japonais. Mais ça, ce n'est pas notre objet ici.

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Ulrich dans Garage Kids.
Son costume y était encore plus proche de ceux des vrais samurais

C'est donc Tania Palumbo qui s'est retrouvée directrice artistique du projet. Elle a créée tous les personnages. Si Ulrich était déjà un samurai sous forme virtuelle dans Garage Kids, il a conservé cet attribut même dans une tenue différente. Il a été rejoint par Yumi, Geisha de Lyoko.

Dans le design, on remarque que Tania Palumbo n'a jamais cessé d'être influencée par le style japonais. L'évolution des costumes elle-même traduit cet attachement.
En effet, plus la série progresse, plus les costumes des héros sont futuristes. On sait désormais que les costumes sont initialement créés, dans la série, à partir de l'analyse du subconscient par l'ordinateur puis que Jérémie peut les faire évoluer à sa guise, de même que les pouvoirs.
Beaucoup de personnes, lorsque les costumes de la saison 4 sont sortis, on fait la comparaison avec les « Power-rangers ». Sans faire de parallèle avec ce représentant d'une culture nipponne un peu bas de gamme aux yeux de certains, l'influence japonaise demeure malgré tout très importante sur les nouveaux costumes futuristes des héros.

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C'est fini, oui ? !

Certains ne comprendront alors peut-être pas comment les costumes de la saison 1 à 3, tournés vers l'archaïsme et le traditionalisme japonais, peuvent être issus de la même influence qui a inspiré les costumes futuristes de la saison 4.
L'explication est simple : Le Japon est le pays, le seul et l'unique, qui a toujours su faire cohabiter son histoire et sa culture traditionnelle en osmose complète avec les technologies avant-gardistes issues du progrès de l'humanité. Dans la mentalité japonaise, héritage et découvertes peuvent se mêler pour ne faire qu'un.

Traditionalisme et avant-gardisme... Les deux composantes de la société japonaise... Et Code Lyoko tient des deux !

Nous allons terminer dans ce cadre avec l'avant-gardisme car l'impact sur Code Lyoko est plutôt général dans les lignes directrices alors que les influences du Japon traditionnel et éternel sont plus nombreuses et s'appuient sur des faits concrets.

L'une des clefs du succès de Code Lyoko est son inspiration japonaise. En effet, au commencement de la série, en 2004, la France était encore au faite de sa nippophilie. Le mouvement manga, né dans les années 70/80, grandit dans les années 90 atteignait un nouveau paroxysme avec les nouveaux monstres médiatiques de la nouvelle génération manga (Bleach, Naruto etc...).

Code Lyoko a su saisir cette vague de succès.
Innovant avec le mélange de 2D et 3D, Code Lyoko s'est en plus imprégné de différents codes de l'univers du manga animé. Il a été le premier dessin animé français dans ce cas et son succès international a consacré la justesse de ce choix.
Tous les aspects futuristes de la série Code Lyoko est venu de l'archipel japonais. Le Japon est par excellence, le pays de la technologie et des ordinateurs. C'est dans ce pays qu'est né le concept clé dans la science fiction de la lutte entre l'homme et la machine... de l'intelligence artificielle assez éveillée pour s'émanciper et des super-technologies en tout genre.
Hopper, XANA, le Supercalculateur et les scanners sont tous des enfants éloignés de cette culture japonaise de la technologie innovatrice.

De là, longue est la liste de mangas à qui Code Lyoko pourrait être comparé en raison des ressemblances avec leurs scénarios orientés nouvelles technologies. Mais nous n'en feront pas la liste ici. Vous avez saisi l'idée et en quoi Code Lyoko est fils des séries de science-fiction futuristes japonaises, c'est le principal.

Un seul et unique point de comparaison notable :

Les cheveux d'Aelita. Leur teinte rose n'a évidemment rien de naturel. Si ce point là n'est pas choquant pour une créature virtuelle, il le devient légèrement davantage quand on sait qu'Aelita est une terrienne d'origine ... et que ses cheveux roses sont de naissance comme ceux de sa mère.
Ce point est l'unique élément stylistique du monde réel de la série... qui soit irréel.

Pour ceux qui l'ignoreraient, cette couleur de cheveux est un choix de Tania Palumbo qui a elle-même les cheveux teints ainsi.
Et de quel pays vient la mode des cheveux fantaisistes ? Du Japon bien entendu. Une immense majorité de mangas présentent des personnages avec des cheveux de toutes les couleurs : Bleu, vert, violet, il y en a pour tous les goûts. Il faut savoir que ce phénomène a une dimension sociale au Japon, chez la jeunesse japonaise notamment. Cette dernière connait un certain « complexe » vis-à-vis de leurs cheveux qui sont nécessairement noirs. Avec l'ouverture au monde de plus en plus forte, les Japonais se sont pris d'envie pour les cheveux blonds, bruns, châtains (et j'en passe) des occidentaux. Et c'est ainsi que les personnages fictifs se voient dotés de cheveux multicolores alors même que la jeunesse japonaise se teint les cheveux de toutes les manières possibles avec une ampleur qui dépasse le simple phénomène de mode.

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Tout ça pour dire que la chevelure rose d'Aelita la rapproche donc indubitablement de l'Univers manga. Maintenant que nous avons fait le tour du futurisme, plongeons nous dans le Japon ancestral !
 

La famille Ishiyama : Une famille japonaise traditionnelle
 
La famille de Yumi est une composante clef de la série. Elle est la seule de toutes les familles des héros qui soit réellement exploitée et dont le rôle dans la série est régulier et relativement important que ce soit par la présence invasive des parents de Yumi dans la vie de celle-ci où l'apparition d'Hiroki à partir de la saison 2.

Nous ignorons si Yumi et son frère ont déjà vécu au Japon et même s'ils savent parler japonais. Seules les Code Lyoko Chronicles mentionnent que Yumi est née au Japon et que ses parents ont émigré en France après sa naissance.
Dans l'épisode 35 « Les jeux sont faits », Yumi parle du souhait de ses parents de « retourner » au Japon.

Premier arrêt sur l'origine géographique du couple Ishiyama. Mme Ishiyama déclare dans l'épisode 34 « Chainon manquant » : « Ma mère m'avait prévenue, n'épouse jamais un homme de la ville ».
Cette phrase, sans grand sens particulier à première vue, recèle en fait une signification toute particulière. En effet, le Japon est un pays à deux vitesses. L'île, tout en longueur, est séparée en son centre de haut en bas par une frontière imaginaire. A l'Est, sur la façade Pacifique du pays, s'étend tout au long de la côte une immense mégapole : Une vaste conurbation regroupant des dizaines de villes immense qui se touchent presque. C'est dans cette partie nommée le Japon de l'Endroit que se masse une vaste partie de la population Japonaise sur une faible surface. Cet axe dit « Fukuoka-Tokyo » est le cœur du pays du point de vue de l'activité économique et commerciale.

De l'autre côté, sur toute la côté Ouest et dans l'île Nord du Japon, Hokkaido, s'étend un espace presque dépeuplé et beaucoup plus rural, bien moins desservi par les transports. Dans ce Japon beaucoup plus stagnant que la mégalopole survoltée, le monde est plutôt rural : C'est le japon de l'Envers.

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Sur cette carte, on repère bien la côté Est/Sud surpeuplée et la façade Ouest/Nord dépeuplée !

Il existe bien évidemment une différence notable de culture entre les Japonais de l'Est : « Les gens de la ville » et ceux de l'Ouest, beaucoup plus « paysans ». La phrase de Mme Ishiyama nous permet donc d'hypothèser que M. Ishiyama est originaire de "la" ville (certainement Tokyo) alors qu'elle est issue du Japon rural, dans lequel se marier sans l'avis très favorable de ses parents est inconcevable encore aujourd'hui.
C'est d'ailleurs l'origine de la remarque un peu acide de Mme Ishiyama envers son mari. La grand-mère maternelle de Yumi avait des à-priori très négatifs sur les « gens des villes » car au Japon, ils sont extrêmement pris par leur travail et peuvent parfois négliger leur famille. En l'occurrence, dans le contexte de l'épisode, Mme Ishiyama se sent snobée par son mari et lui rappelle alors les conseils avisés de sa vénérable mère, dont elle n'a pas tenu compte en épousant le père de Yumi.


Désormais et néanmoins, la famille Ishiyama est bien installée en France.
Pourtant, leur intégration ne leur a pas fait perdre l'enracinement culturel japonais. La famille elle-même respecte rigoureusement la conception nipponne de la famille.

Le père, Takeho, tient le rôle déterminant.
Il est le gardien du bien-être de la famille : Lui seul travaille régulièrement pour subvenir aux besoins de la famille. Il le fait amèrement remarquer à son épouse à certaines occasions. Il doit également veiller au bon train moral de la famille. C'est aussi pour ça qu'il est très grave pour le père Ishiyama d'avoir perdu son travail. Au Japon, la rupture d'une carrière est un évènement affligeant et extrêmement dur à avaler...
C'est aussi le père qui ordonne dans l'épisode 29 « Exploration » et l'épisode 30 « Un grand jour » une surveillance rapprochée de leur fille, qui multiplie les retours tardifs en soirée au domicile familial. Le père s'inquiète de la savoir avec un garçon.

La mère n'est cependant pas en reste dans la famille.
Responsable de la maison, elle veille au bon fonctionnement du domicile. Cette vision est relativement sexiste d'un point de vue européen actuel mais correspond à la vision traditionnelle de la famille japonaise... et nous avons vu que Mme Ishiyama était certainement issue d'un milieu plutôt conservateur.

Comme dans la plupart des sociétés, les enfants doivent le respect à leur parent. Ce trait de caractère est particulièrement vrai au Japon.
Si Hiroki est assez immature et très excentrique, on remarque qu'il obéit bien mieux à ses parents qu'à sa sœur. Il craint leur réaction (Episode 87 « Planète bleue ») et obtempère aux ordres (Episode 29 « Exploration »). Yumi également.
La relation Père-Enfant est très strictement définie par la société japonaise. On le devine dans Code Lyokô. Le père doit être aimé et respecté pour son rôle de ponte familial... mais surtout, il doit être craint car ses décisions sont implacables et indiscutables.
Les Ishiyama n'échappent pas à cette règle. Le père prend son rôle au sérieux et n'apprécie pas d'être contrarié ou discuté tandis que Mme Ishiyama est beaucoup plus avenante et compatissante avec sa fille.
Ainsi, il est extrêmement pesant pour Yumi, bien plus que pour n'importe lequel des autres héros, de mentir à ses parents au sujet de sa double vie. Elle confesse à ses amis qu'elle n'apprécie pas ça. Elle est très impliquée dans sa scolarité car elle sait que ses parents ne tolèreraient pas d'écart dans le bulletin : La réussite scolaire est vitale au Japon où des jeunes se suicident parfois à cause de la pression scolaire.

On terminera ce passage en remarquant que vers la fin de la saison, le rôle des parents de Yumi tourne davantage vers le comique caricatural du vieux couple marié en proie aux prises de becs et la dimension japonaise de la famille est moins exploitée qu'auparavant ce qui est regrettable d'une certaine manière.
 


Chez les Ishiyama : Une vitrine de la culture japonaise en France
 
La maison des Ishiyama est une réelle maison traditionnelle japonaise en France.

ImageLe ton est immédiatement donné à l'entrée avec le sakura planté dans le jardin.

Ce cerisier japonais (qui comporte plusieurs espèces) est un des symboles traditionnels du pays. Mondialement connu pour ses fleurs et ses jeunes feuilles de couleur rose à l'époque de la floraison, les japonais l'ont érigé en symbole national depuis des siècles. Sa floraison répétitive représente la renaissance du Japon éternel. En période de guerre, la croyance japonaise voulait que les soldats morts renaissent en tant que fleurs de cerisier. Les camarades de bataille étaient même censés renaître sur le même arbre.

Dans la série, les contraintes de production et le dessin fixe des décors ont fait que l'arbre reste rose toute l'année. Sa floraison est pourtant l'occasion d'une semaine précise de festivité dans l'archipel japonais.




Une fois entré, on fait un plongeon dans la coutume nationale. Comme nous l'avons dit, le Japon a toujours fait cohabiter tradition et innovation. Ce schéma se retrouve dans les maisons et appartements du Japon et chez les Ishiyama.
La décoration est souvent archaïque tandis que l'équipement de la maison est moderne. Ce schéma est parfaitement suivi chez Yumi. On retrouve donc un sol couvert de tapis et autres tatamis, alors que la cuisine est récente.

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La maison japonaise doit cultiver une philosophie de l'espace (et oui !). Ainsi, tout doit être conçu de manière à être fonctionnel d'une part, tout en occupant le moins d'espace possible. Le mobilier suit donc cette logique : Les murs, loin d'être épais, sont des portes coulissantes qui peuvent être déplacés et réorganisés très facilement. Quant aux tables, elles sont nécessairement basses dans le séjour.


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Ce schéma se retrouve dans les chambres avec les lits bas, presque à même le sol, typique des maisons japonaises. On remarque que l'ordre, qui tient une place prépondérante chez les japonais n'est pas snobé : En l'absence de Yumi, son lit est toujours fait au carré.

De même, sa chambre est toujours extrêmement bien rangée, que ce soit dans l'espace de vie ou même dans les armoires.

Nous venons plus bas aux composantes de la chambre de Yumi.






La salle de bain est un espace qui mérite attention.
Si aujourd'hui, l'hygiène est capitale dans les pays développés, il n'en a pas toujours été de même... sauf au Japon. Dès le XVIIIème siècle, les Japonais étaient considérés comme le peuple le plus propre du monde par les historiens.
Le bain, au Japon, est une obligation... plusieurs fois par jour. Dans les villages pauvres, les familles paysannes se réunissaient pour pouvoir entretenir un gros bain public où les villageois pouvaient se baigner régulièrement, quels que soient leurs moyens financiers.
De là est née une culture de l'art de se baigner. Les Japonais ont développé un goût pour les bains chauds alimentés par des sources naturelles chauffées. Ces immenses bains thérapeutiques se nomment les rotenburo.

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La baignoire presque démesurée des Ishiyama et la salle de bain toujours emplie de vapeurs d'une eau brûlante est un témoignage du fait que les Ishiyama ne renoncent pas à cette tradition. Chaque fois que Yumi fait sa toilette, on la voit faire un bain et non une douche car la douche n'est pas populaire au Japon.
 

Eléments en vrac
 
Terminons enfin avec la panoplie des éléments décoratifs ou utilitaires

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Les baguettes, élément indispensable de la famille Japonaise et équivalent asiatique de notre fourchette.

Tant qu'on parle de nourriture, la gastronomie japonaise est au rendez-vous : Sushi, nouilles ou encore sashimi...
Je ne m'étale pas plus sur le sujet, en général, c'est assez connu.


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Les calligraphies pendues au mur... Art initialement chinois qui s'est étendu au Japon, la calligraphie est l'art de dessiner les caractères de l'alphabet japonais au pinceau et à l'encre de Chine.

Dans le même registre, on trouve de splendides peintures de paysages japonais dans d'autres cadres, le coup de pinceau étant typique des écoles japonaises de dessin.


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Le jeu de go.
Ce plateau qui revient à de nombreux moment, chez les Ishiyama comme à l'usine dans l'épisode 53 « Droit au cœur ». Il s'agit d'un jeu de stratégie originellement chinois mais extrêmement populaire en Corée et au Japon. C'est notamment le Japon qui lui a donné ce nom et qui l'a fait connaître dans le Monde.
Ce jeu de société connait des règles très simples mais connaît une profondeur stratégique quasi inégalée.


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Le bonzaï présent dans la chambre de Yumi est également dans les tons. Cet arbre, originaire du Japon, est extrêmement difficile à faire pousser et meurt très facilement. Son entretien pour sa survie est un challenge et un véritable art au Japon. A se demander comment Yumi trouve le temps de la faire avec sa double vie.


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Enfin, seuls les plus observateurs l'ont remarqué mais la chambre de Yumi comporte une splendide statuette de geisha qui a du bien influencer l'imaginaire et, de fait, l'avatar virtuel de notre héroïne.


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Toujours dans la chambre de Yumi, cette peluche si amicale !
Elle est directement issue du film d'animation giga-connu au Japon : « Mon voisin Totoro ». Le personnage qu'elle représente n'est autre que Totoro, si populaire qu'il est devenu l'icône des studios Ghibli à même titre que Mickey Mouse est l'icône de Walt Disney.


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Peut-être l'élément le plus déterminatif quant au traditionalisme Japonais des Ishiyama.
L'armure de samurai de l'épisode 10 « Créature de rêve » et 39 « Mauvaise conduite » n'est ni un simple souvenir de famille, pas plus qu'un simple objet historique de valeur.
La caste des samurais possédait de nombreuses croyances et superstitions. La première d'entre elles est le culte des morts. Pour certains japonais, les morts continuaient à vivre dans l'au-delà à condition que des vivants, leurs descendants, continuent à entretenir leur souvenir. Conserver les trésors familiaux est donc une manière d'honorer les morts et d'assurer à leur âme l'éternité. C'est un devoir moral pour les descendants de le faire car si eux-mêmes ne le font pas, leurs enfants ne le feront pas et toutes les âmes seront menacées.

Second point, les guerriers samurais considéraient qu'ils étaient liés à leur équipement et particulièrement à leur sabre. Ainsi, cette arme recevait une partie de leur âme et devenait une part d'eux-mêmes. Cette tradition a perduré et même les aviateurs kamikazes pendant la seconde guerre mondiale prenaient leur sabre avec eux dans les avions avant d'aller mourir contre les bateaux américains.
Ainsi, lorsqu'un samurai mourrait, son sabre pouvait avoir deux destins : être enterré avec son propriétaire ou passer à son descendant. Dans ce second cas, le descendant liait alors à son tour son âme avec son sabre. Le sabre de l'armure samurai des Ishiyama héberge donc, selon la culture japonaise, les âmes de tous leurs ancêtres qui l'ont manié.

Etre obligé de se séparer des trésors japonais représente pour ce peuple le comble de la déchéance. Pour pinailler, il est même improbable que des parents aient accepté que leur fille prenne le risque de l'emmener à l'école...
Mais ce serait pinailler autour de l'épisode 10 ! (D'ailleurs, elle est passée où Taelia après, hein ?)
 

Dernier point culture : La querelle de la nationalité !
 
Tout le monde se rappelle le gag culte de la Genèse de Code Lyoko : « Le réveil de XANA » dans lequel Sissi traite Yumi de chinoise, ce à quoi l'héroïne rétorque fermement qu'elle est japonaise.
De même dans l'épisode 42 « Désordre », Odd est coincé dans le corps de Yumi et parle en chinois, ce qui irrite Yumi.
En effet, pour beaucoup d'occidentaux, la différence entre les deux est quasi inexistante et toutes les personnes bridées sont rapidement étiquetées chinoises. Pourtant, un français ne se considère pas anglais ou espagnol ...

Néanmoins, ces gags, s'ils paraissent anodins, sont lourds de signification si l'on dépasse la stricte sphère de la série.
La Chine et le Japon sont deux pays abritant des peuples très fiers de leur Nation. Ils ont par ailleurs toujours entretenu des relations troubles : Les échanges économiques et culturels entre les deux sont innombrables mais politiquement, les deux pays sont longtemps restés ennemis.

Jusqu'au XIXème siècle, la Chine n'a toujours considéré le Japon que comme un petit pays vassal et soumis au vaste Empire du Milieu. Au XXème siècle, le Japon a à de multiples reprises vaincu militairement son voisin chinois grâce à une modernisation bien supérieure.
Le point culminant est atteint pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le Japon a envahi la Chine dans une guerre longue et sanglante et les Japonais y ont commis des crimes de guerre dignes des nazis.

Même avec la fin de la guerre, les tensions entre les deux pays ne sont jamais retombées totalement car le Japon refuse de reconnaître les crimes de guerre commis sur le sol chinois. Les deux peuples se sont souvent considérés mutuellement par le passé comme des races inférieures devant être soumises et cette vieille rancœur historique est tenace en Asie-Extrême-orientale.

Voilà pourquoi il ne faut JAMAIS dire à un Japonais qu'il est chinois (ou vice-versa).
 

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